Eclosion du Hantavirus dans le monde : après la croisière polaire, l’Afrique doit-elle s’inquiéter ?

Une promenade anodine qui tourne au cauchemar

Une simple sortie pour observer des oiseaux dans une décharge. C’est le point de départ d’une tragédie maritime qui a déjà coûté la vie à trois personnes. Un couple de Néerlandais, passionné d’ornithologie, aurait involontairement ramené un virus tueur à bord d’un navire de croisière. Aujourd’hui, les autorités sanitaires internationales sont en alerte.

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Tout commence dans la ville d’Ushuaia, en Argentine, souvent appelée « le bout du monde ». Un couple originaire des Pays-Bas visite un site d’enfouissement pour photographier des oiseaux, notamment le caracara de Darwin, un rapace local.

Selon l’enquête des autorités argentines, relayée par le Daily Mail, les deux ornithologues amateurs auraient été exposés à des rongeurs infectés présents dans cette décharge. Peu après, ils embarquent sur le MV Hondius, un navire de croisière polaire.

À bord, une épidémie de maladie respiratoire aiguë sévère éclate. Bilan provisoire : trois passagers sont morts.

Le MV Hondius devait accoster aux îles Canaries (Espagne). Mais les autorités locales, craignant la contamination, ont d’abord refusé d’ouvrir le port. Saisi, le Premier ministre espagnol a finalement ordonné de laisser le bateau entrer, afin que tous les passagers et membres d’équipage soient examinés par des médecins.

Le navire doit arriver samedi prochain. À son bord, des ressortissants de plusieurs nationalités, dont certains présentent encore des symptômes.

Des cas dans le monde

L’affaire s’est aggravée avec la découverte d’un autre cas. Un passager qui avait quitté la croisière avant l’apparition des premiers signes de la maladie a développé des symptômes à son retour en Suisse. Il est soigné à Zurich, dans une unité spécialisée, et pourrait être placé en quarantaine jusqu’à 45 jours.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il s’agirait probablement d’un hantavirus. Ces virus sont principalement transmis à l’homme par des rongeurs infectés : rats, souris, ou autres petits mammifères. Ils se trouvent dans leurs excréments, leur urine ou leur salive.

L’être humain peut être contaminé par inhalation de poussières souillées, par contact direct avec un rongeur ou ses déjections, ou plus rarement, une morsure.

Pas de vaccin, pas de médicament spécifique. Les traitements se limitent à soulager les symptômes : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, essoufflement.

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Selon les régions, les hantavirus provoquent deux grandes maladies :

Le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) : présent principalement en Amérique du Nord et du Sud. Il peut entraîner un œdème pulmonaire et une détresse respiratoire aiguë. Le taux de mortalité atteint 38% chez les personnes développant des symptômes respiratoires graves, selon les Centres américains de contrôle des maladies (CDC). Environ 200 cas surviennent chaque année sur le continent américain.

La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) : que l’on retrouve surtout en Europe et en Asie. Elle touche les reins et peut provoquer une insuffisance rénale aiguë. La mortalité peut atteindre 15% selon les souches du virus.

L’Office fédéral de la santé publique suisse précise qu’un seul type d’hantavirus, extrêmement rare, peut se transmettre d’humain à humain.

Les hantavirus tirent leur nom de la rivière Hantaan, située à la frontière entre les deux Corée. Durant la guerre de Corée (1950-1953), plus de 3 000 soldats étaient tombés gravement malades après avoir été infectés.

Que faut-il retenir pour nos populations en Afrique ?

Même si ce drame se déroule en Amérique du Sud et dans l’Atlantique, les hantavirus sont présents sur tous les continents, y compris en Afrique. Les rongeurs sauvages vivent à proximité des habitations, des marchés, des dépotoirs, des champs et des forêts.

Pour prévenir le virus, il faut éviter les endroits infestés de rongeurs, ne pas toucher aux cadavres d’animaux ou à leurs excréments, porter un masque et des gants lors du nettoyage de lieux abandonnés et bien ventiler les pièces fermées depuis longtemps.

Pour l’instant, aucune alerte n’a été donnée en Afrique concernant ce cas précis. Mais cet incident rappelle que les virus transmis par les animaux sauvages (zoonoses) restent une menace sanitaire mondiale, surtout dans un monde où les voyages se font plus rapides et plus nombreux.

L’OMS et les autorités argentines, espagnoles et suisses continuent d’enquêter. Il faudra attendre les tests finaux pour confirmer qu’il s’agit bien d’un hantavirus. En attendant, le MV Hondius reste sous haute surveillance médicale.

Observer la nature est une activité magnifique, mais il ne faut jamais oublier que certains animaux, même discrets, peuvent porter des virus mortels. C’est la leçon de ce drame.

Megan Valère SOSSOU