Entre légumes sains et contaminés, le Bénin face à son choix alimentaire

Alors que la production maraîchère nationale affiche une croissance record de 6,2%, atteignant 717 365 tonnes, une problématique persiste : comment distinguer un légume sain d’un légume contaminé ? Face à cette inquiétude, des femmes à Zakpota mènent une révolution agroécologique. Leur combat : nourrir le Bénin sans produits toxiques.

Valérie et ses collègues de l’association sonagnon
Dame Valérie et ses collègues ajoutent du compost aux cultures de légumes, Crédit Photo: Megan Valère SOSSOU

Dans les marchés de Bohicon ou de Cotonou, l’étalage coloré des légumes cache un dilemme angoissant pour les consommateurs. Comment reconnaître une tomate saine d’un légume gorgé de produits phytosanitaires ? Cette question, des milliers de mères de famille se la posent quotidiennement. Pourtant, une alternative existe, portée par des femmes maraîchères éprises du bien-être santé et de la protection de l’environnement.

Les chiffres officiels sont éloquents : 717 365 tonnes de légumes produits en 2023-2024, soit une hausse de 6,2% par rapport à l’année précédente. Des performances portées par des cultures phares comme le gombo, dont la production a littéralement explosé de 53,8% pour atteindre 101 003 tonnes. Une croissance agricole à double tranchant selon les spécialistes.

Pour Eric Dadjo, agroécologiste cette performance repose sur l’extension des superficies cultivées et l’usage intensif de produits chimiques. « Beaucoup de maux dont souffrent les Béninois aujourd’hui sont liés à ce qu’ils mangent » a-t-il déclaré.

Des cas concrets illustrent cette menace. À Tchaourou en 2007, 105 intoxications alimentaires dont 9 morts. À Parakou en 2010, 60 victimes recensées. À Djougou en 2011, 8 morts sur 10 intoxiqués. Derrière ces chiffres glaçants, une même cause : l’usage excessif de produits chimiques qui se sont retrouvés dans l’assiette des familles.

Le paradoxe est que la majorité des consommateurs urbains au Bénin connaissent l’existence des légumes biologiques, très peu les consomment, souvent par méfiance, par habitude ou pour des questions de prix. Une réalité démontrée dans une étude menée par le Professeur Simplice Vodouhè de l’Organisation Béninoise pour la Promotion de l’Agriculture Biologique (OBEPAB).

L’alternative agroécologique de Zakpota

Face à ce péril sanitaire, des femmes ont décidé d’agir. À plus de trois kilomètres du centre-ville de Zakpota, au centre du Bénin, le site maraîcher de Za-Zounmè dirigé par Valérie Djaglossou, la trentaine et son association de femmes maraîchères « Sonagnon » pratique une agriculture différente.

« Avec mes collègues, nous produisons des légumes de façon naturelle et saine en commençant par le choix des semences et le mode de culture », confie-t-elle, désignant les parcelles verdoyantes. Aubergines, concombres, laitue, vernonia, basilic, gombo, crincrins…

Une culture luxuriante nourrie uniquement au compost fabriqué sur place à base de déchets agricoles, de plantes, de fientes d’élevage et d’autres déchets domestiques.

« Pour un compost efficace, il faut choisir un endroit à l’ombre, directement sur le sol, y mettre des brindilles puis alterner des couches de matières. Nous arrosons régulièrement tout en aérant le tas avec une fourche pour favoriser une décomposition optimale », explique-t-elle.

Préparation du biopesticide à base de neem
Composition de biopesticide à base de neem, Crédit Photo Megan Valère SOSSOU

Pour lutter contre les ravageurs, Valérie et ses collègues produisent elles-mêmes un biopesticide à partir de feuilles de neem, d’ail, de piment et de cendre. « Le processus de fabrication est accessible à tous », précise-t-elle, détaillant la recette : macération pendant deux semaines, filtration, puis dilution. « Il est recommandé de diluer 1 litre de biopesticide dans 10 litres d’eau. »

Des pratiques durables recommandées

« Cette méthode de production préserve intégralement la densité nutritionnelle des légumes. Contrairement aux cultures conventionnelles souvent appauvries, les légumes agroécologiques apportent à l’organisme des nutriments essentiels. Ce qui permet le renforcement du système immunitaire plutôt que de l’exposer à des résidus toxiques », affirme Dr Bérénice Guedje, médecin nutritionniste.

Pour l’environnementaliste Artevelde Gbaguidi, cette approche est fondamentale, « Le biopesticide ne tue pas les insectes, mais les repousse simplement. Cette caractéristique est essentielle pour préserver les insectes pollinisateurs et les prédateurs naturels, garants d’une production durable de légumes sains. »

Culture de légumes sains à Zakpota
Cultures de légumes sains à Zakpota, Crédit Photo: Megan Valère SOSSOU

Cependant, ces pratiques durables se heurtent à une réalité économique implacable. Le surcoût des légumes sains constitue souvent une barrière infranchissable pour de nombreux consommateurs. La différence est saisissante : un kilogramme de tomates bio se vend à 800 FCFA et 1000 FCFA, contre 400 FCFA à 500 FCFA pour des tomates conventionnelles, le double du prix. Pourtant, Dame Valérie défend sa valeur santé avec une argumentation percutante, « Quand une cliente me demande pourquoi mes légumes sont plus chers, je lui explique : soit tu paies chez le maraîcher, soit tu paies chez le médecin. Son choix est vite fait ».

Aujourd’hui, plusieurs solutions émergent pour rendre les légumes sains plus accessibles et à moindre coût. Il s’agit de la mutualisation des coûts via des coopératives d’achat, les circuits courts de distribution qui éliminent les intermédiaires. C’est le cas de l’ONG Les Jardins de l’Espoir qui a initié le Marché Fermier les deux premiers samedis de chaque mois.

Les obstacles persistants

Comme Valérie et ses collègues de l’association Sonagnon, plusieurs autres acteurs s’attelle à la production saine des légumes mais leur chemin reste semé d’embûches. Difficultés d’accès au crédit, concurrence déloyale des légumes conventionnels. Autant de défis qui freinent l’expansion de ce modèle vertueux.

Pour renverser définitivement la tendance, les décideurs politiques ont un rôle capital à y jouer, reconnaît Innocent TOGLA, Secrétaire Général du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche : « Le développement de l’agroécologie est une réponse directe aux défis de l’appauvrissement des sols et des impacts du changement climatique. » Un avis partagé par Pierre Bédié, Président de la Fédération AgroEcologique du Bénin (FAEB) qui invite les autorités à « soutenir davantage la production et l’accessibilité des engrais biologiques. »

Le combat de Valérie et de ses collègues maraîchères dépasse le cadre agricole. Il interroge notre modèle de société tout entier. Voulons-nous d’une alimentation qui empoisonne ou qui soigne ?

Megan Valère SOSSOU




Benkadi au Bénin : L’ODDB œuvre pour la durabilité des groupes de réflexion à Za-Kpota

Du 26 au 30 septembre 2024, l’ONG ODDB a organisé une séance de visites pour enquêter sur les cadres de dialogue et les actions de plaidoyer dans la commune de Za-Kpota. Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre de l’appui à la mise en œuvre du projet Benkadi au Bénin, visait à assurer le bon fonctionnement et la durabilité d’un groupe de réflexion multi-acteurs mis en place par le projet Benkadi.

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Vue d\’ensemble des participants

Plusieurs cadres de dialogue et de concertation ont participé à cette activité. Les échanges ont permis de mieux comprendre leur fonctionnement, les thématiques abordées, leur impact en matière de plaidoyer, ainsi que leurs limites. Pour Alfred OGA, en amont à cette séance, une enquête avait déjà été menée pour identifier tous les cadres de concertation formels et informels existants dans la commune. Les données recueillies seront traitées et analysées en vue de proposer des mesures de durabilité des groupes de réflexion.

Pour André Sanhouékoa, responsable du développement local et de la planification à la mairie de Za-Kpota, cette initiative est une occasion de faire le point sur les actions menées par les organisations de la société civile. « Le comité de réflexion mis en place avait pour objectif d’intégrer les actions climatiques dans le Programme de Développement Communal. Aujourd’hui, nous envisageons de l’élargir afin d’apporter plus de ressources et d’expertise pour accompagner la commune dans ses efforts d’adaptation aux changements climatiques », a-t-il déclaré.

Les participants à l’activité ont rempli des fiches d’enquête détaillant les objectifs, les activités, le fonctionnement, les actions de plaidoyer menées par les cadres de concertation existants dans la commune. Cette analyse des organisations locales contribuera efficacement à la réflexion en cours.

Simon Agbéva, membre très actif du cadre de concertation des acteurs de l’éducation, a salué cette initiative, qu\’il juge essentielle pour le développement de la commune de Za-Kpota. « Il est urgent de se réunir pour trouver des solutions adaptées aux défis climatiques », a-t-il affirmé.

Ruffine Dagbénonbakin, agent à la mairie et point focal Genre, a souligné l’importance d’intégrer l’approche genre dans toutes les planifications.

Basile Adimale, 2ème adjoint au maire de Za-Kpota, a conclu en exprimant sa conviction que cette initiative permettra de revitaliser les différents cadres de dialogue et de les rendre véritablement opérationnels pour une meilleure prise en charge des enjeux climatiques locaux.

Cette activité a contribué au renforcement du cadre de concertation multi-acteurs, qui accompagne la mise en œuvre des initiatives d’AbE du PDC4 de la commune de Za-Kpota, et qui inclus la gouvernance participative des initiatives de développement durable avec un focus sur les changements climatiques.

Megan Valère SOSSOU




APPUI À LA MISE EN ŒUVRE DES ACTIVITÉS DU PROJET BENKADI AU BÉNIN: ZAKPOTA ET OUINHI ENGAGÉES DANS L\’ACTION

L\’Intégration de l\’Approche Basée sur l\’Écosystème (AbE) dans les Plans de Développement Communal (PDC) au cœur d\’importantes rencontres dans les communes de Ouinhi et de Za-Kpota.

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet BENKADI Bénin dans la commune d\’Ouinhi et de Zakpota, une séance de sensibilisation et de formation s\’est tenue du 28 au 29 septembre 2023. Ces différentes rencontres ont été marquées par la présence des élus locaux et autorités politico administratives, le Point Focal de la PASCIB, et la Directrice Exécutive de l\’Organisation pour le Développement Durable et la Biodiversité (ODDB), l\’Organisation de mise en œuvre du projet BENKADI à Ouinhi et Za-Kpota.

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Séance de travail

Au cours de ces deux jours, plusieurs activités, telles que des communications et des travaux de groupe, ont été organisés, notamment la présentation de l\’ODDB et du projet BENKADI, des exposés sur les stratégies l\’Approche Basée sur l\’Écosystème (AbE), les études de cas AbE et les besoins en actions. Il s’est agi de l\’identification des écosystèmes à restaurer ou protéger, et l\’intégration des stratégies de l\’Approche Basée sur l\’Écosystème (AbE) dans le Plan de Développement Communal des différentes communes.

Cette séance a permis aux participants de mieux comprendre les avantages des stratégies AbE pour la commune, les populations, les écosystèmes et la biodiversité, ainsi que l\’importance de la collaboration entre les acteurs locaux et les structures impliquées.

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Séance de Ouinhi
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Séance de Zakpota

Elaboration du Plan de Développement Communal (PDC), Mairies et cabinets mieux informés à Zakpota et à Ouinhi

Dans le but de mieux informer les mairies de Zakpota et de Ouinhi, et le cabinet de consultation, chargé de l\’élaboration du Plan de Développement Communal (PDC) sur les mesures et stratégies AbE. Pour y arriver, des séances de sensibilisation ont été organisées le mardi 3 et mercredi 4 octobre 2023 respectivement à Za-Kpota et à Ouinhi par l\’Organisation pour le Développement Durable et la Biodiversité (ODDB ONG) qui met en œuvre le projet BENKADI dans la zone.

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Au menu des échanges, la présentation des résultats de l\’enquête sur les mesures l\’Approche Basée sur l\’Écosystème (AbE) adoptées, les communications sur les stratégies l\’Approche Basée sur l\’Écosystème (AbE) et l\’identification d\’indicateurs vérifiables des stratégies l\’Approche Basée sur l\’Écosystème (AbE).

Les participants ont saisi l’opportunité d’identifier les indicateurs de suivi et d\’évaluation des activités du PDC tenant compte des stratégies Approche basée sur les Ecosystèmes. Ils ont également mis à jour le répertoire des acteurs à impliquer dans les activités de renforcement des capacités.

Ces différentes séances ont été marquées par la présence des élus locaux et des principaux acteurs impliqués dans le projet.

Megan Valère SOSSOU