Santé durable : l’Afrique appelle à une action collective

Plus de 200 personnes, venues de la santé humaine, animale et environnementale, se sont réunies en webinaire le 3 avril 2026. Parmi elles, des représentants d’institutions publiques, d’universités, de la société civile, des médias et des jeunes africains. Elles ont préparé le « One Health Summit » qui aura lieu le 7 avril 2026 à Lyon. Leur objectif est clair : faire avancer en Afrique l’approche « One Health », qui relie la santé des humains, des animaux et des écosystèmes.

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Vue d’ensemble

L’organisation Galien Africa participe activement à cette dynamique mondiale. Elle était présente aux éditions 2023 et 2025 du forum « One Sustainable Health for All ». Elle a aussi largement contribué à l’organisation d’un forum à Dakar en 2024, marquant ainsi la volonté de l’Afrique de jouer un rôle moteur dans la promotion d’une santé durable et collaborative. Aujourd’hui, Galien Africa dirige les groupes de travail issus de ces forums et promeut une approche intégrée de la santé, avec une contribution africaine originale.

Des constats partagés

Les participants ont rappelé que les crises sanitaires, climatiques, environnementales et alimentaires actuelles montrent l’interdépendance étroite entre la santé des populations, celle des animaux et celle des écosystèmes. Ils ont réaffirmé que l’Afrique, riche de ses expériences, de ses innovations et de ses dynamiques communautaires, doit jouer un rôle central dans la construction d’un modèle mondial de santé durable, équitable et résilient. Ces constats s’inscrivent dans la continuité de la Déclaration de Lyon, adoptée en novembre 2025.

Dix engagements pour l’action

Les participants appellent les gouvernements, les institutions régionales et les partenaires internationaux à passer à l’action. Ils demandent d’abord d’institutionnaliser durablement l’approche One Health en renforçant les cadres juridiques et une gouvernance coordonnée. Ensuite, ils recommandent de développer des systèmes d’alerte précoce intégrés reliant santé, climat et environnement. Ils insistent aussi sur l’investissement dans les données et les technologies géospatiales pour mieux prévenir les crises, tout en garantissant un accès libre et équitable aux informations fiables.

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Panel d’échange

Les participants veulent encourager l’innovation africaine adaptée aux réalités locales, en soutenant des solutions frugales et concrètes. Ils appellent à accélérer la production locale de solutions de santé, notamment dans les domaines pharmaceutique, vaccinal et des technologies médicales. Ils demandent également de renforcer le capital humain africain en formant des compétences capables de transformer les systèmes sanitaires et environnementaux.

Améliorer la coordination entre acteurs et initiatives est un autre point clé : il faut cartographier les actions et partager les ressources et connaissances. Les participants insistent aussi sur une participation communautaire inclusive, associant pleinement les communautés locales, les jeunes et les femmes à la conception et à la mise en œuvre des politiques One Health. Ils reconnaissent le rôle stratégique de la société civile et des médias pour la sensibilisation et la mobilisation citoyenne. Enfin, ils appellent à renforcer le leadership africain dans la gouvernance sanitaire mondiale, en portant une position coordonnée du continent dans les forums internationaux.

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Délégation Galien Africa

Un appel à transformer les paroles en actes

Les participants demandent que ces engagements se traduisent par des actions concrètes, mesurables et financées. L’objectif est de faire de l’approche One Health un levier structurant pour la souveraineté sanitaire, le développement durable, la résilience climatique et l’équité en santé en Afrique et dans les pays du Sud. En adoptant cette déclaration comme un engagement commun pour un avenir plus juste, plus sûr et plus durable, ils réaffirment leur volonté de poursuivre le dialogue, de renforcer les partenariats multisectoriels et de contribuer activement aux travaux du One Health Summit de Lyon 2026.

Megan Valère SOSSOU




Gouvernance, données et innovation : le triptyque gagnant du One Health à l’africaine

Si l’approche « Une seule santé » semble parfois théorique en Occident, l’Afrique, et particulièrement le Sénégal, en a fait un laboratoire grandeur nature. Entre leadership politique, exploitation des données spatiales et production locale de solutions, le continent avance ses pions. Décryptage à travers les interventions percutantes de plusieurs experts réunis en prélude au sommet de Lyon.

images ONE HEALTH

L’un des principaux freins au déploiement du One Health est souvent le cloisonnement des ministères. Le Sénégal a choisi de briser ce mur en plaçant son dispositif sous l’autorité directe du Premier ministre. Dr Adjaratou Diakhou Ndiaye, secrétaire permanente du Haut Conseil national de la sécurité sanitaire One Health, détaille : « Notre cadre institutionnel associe l’ensemble des secteurs – santé humaine, animale, environnement – mais aussi la société civile, le secteur privé, les universités, les forces de défense et même les organisations professionnelles. C’est une gouvernance collaborative et intersectorielle. »

Pr Ibrahima Seck renforce cette analyse : « Le Sénégal est considéré comme un pays pionnier en Afrique de l’Ouest. Dès 2017, nous avons institutionnalisé cette approche. Notre force, c’est la volonté politique forte. Mais notre efficacité reste limitée par des contraintes opérationnelles et financières. » Le défi, aujourd’hui, est de transformer ce bel édifice institutionnel en résultats tangibles sur le terrain, grâce à un financement durable et une meilleure coordination.

Des satellites pour anticiper les crises

L’un des angles morts du One Health est souvent la faiblesse des systèmes d’alerte précoce. Dr Naledzani Mudau, de l’Agence spatiale sud-africaine, apporte une réponse technologique concrète : « Grâce aux images satellite, nous pouvons cartographier les habitats, même informels, et identifier les zones exposées aux vagues de chaleur ou à la mauvaise qualité de l’air. Ces données permettent aux décideurs de cibler les interventions avant que la crise ne survienne. »

M. Gerry Gimaiyo (Fondation Rockefeller) ajoute une dimension politique essentielle : « Aujourd’hui, les données climatiques et sanitaires sont cloisonnées. En intégrant ces informations – par exemple via des desks météo-santé déjà opérationnels au Sénégal, au Kenya ou en Afrique du Sud – nous pouvons passer de la réaction à l’anticipation. Mais nous sous-estimons largement l’impact des vagues de chaleur sur la santé parce que nous ne le mesurons pas. Or, ce que nous ne mesurons pas, nous ne le finançons pas. »

Produire localement pour exister

Le troisième pilier de la stratégie africaine est la souveraineté sanitaire. Pr Issakha Diallo est sans détour : « La pandémie de COVID-19 a révélé notre dépendance inacceptable aux importations de médicaments et de vaccins. L’Afrique produit moins de 20 % des médicaments qu’elle consomme. »

Sa solution : l’« innovation frugale ». « Nous avons besoin de solutions simples, robustes, peu coûteuses et réparables localement. Cela passe par des diagnostics portables, la télémédecine via mobile, et l’intelligence artificielle formée sur nos propres données. » Il appelle à former des « innovateurs sanitaires » dans les universités, et non plus seulement des cliniciens, pour endiguer la fuite des cerveaux.

Pr Francine Toumi abonde : « La souveraineté sanitaire ne se décrète pas. Elle se co-construit dans nos laboratoires, nos universités et nos politiques publiques. L’Afrique ne doit pas être un éternel consommateur. »

La leçon venue du Kenya : co-construire avec les communautés

Enfin, aucune politique ne réussit sans l’adhésion des populations. Pr Salome Bukachi raconte une histoire éloquente : « Lors de l’épidémie de fièvre de la Vallée du Rift en 2006, le gouvernement kenyan a interdit de consommer lait et viande. Mais pour les communautés pastorales, c’était leur seule source de nourriture et de revenus. Ils ont continué. L’intervention a échoué. »

La leçon est claire : « Rien pour nous sans nous. » Les communautés doivent être associées dès la conception des programmes. Les jeunes et les femmes, souvent marginalisés, doivent avoir une place centrale. « Les jeunes utilisent la musique, les défilés de mode, les sports pour sensibiliser leurs pairs. C’est une force que nous devons systématiquement intégrer », ajoute-t-elle.

l’Afrique, laboratoire d’un One Health pragmatique

À quelques jours du sommet de Lyon, les experts africains apportent une conviction forte : l’approche « Une seule santé » ne peut plus se contenter de discours. Elle exige un leadership politique au sommet, des outils technologiques pour anticiper, une production locale pour ne plus dépendre, et une inclusion réelle des communautés pour que les mesures soient acceptées. Le Sénégal, le Kenya, l’Afrique du Sud montrent la voie. Reste à convaincre les bailleurs et les États de transformer ces expériences prometteuses en politiques à grande échelle.

Megan Valère SOSSOU




One Health: le Pr Brama Koné de l\’OMS Afrique appelle à un leadership des pays Africains

Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a tenu son rendez-vous habituel d’échange, ce mercredi 14 février 2024. Le Professeur Brama Koné, Responsable du Portefeuille changement climatique et santé au bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique a été l’invité de ce webinaire axé sur le thème : « One Health : Enjeux, défis et perspectives dans un contexte de changement climatique en Afrique ».

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Professeur Brama Koné

Initié au début des années 2000, le concept One Health est une solution à la recrudescence et à l’émergence des maladies infectieuses. Selon le Pr Brama Koné, cette approche transdisciplinaire et multisectorielle est essentielle pour faire face aux maladies à l’interface entre l’homme et l’animal, connues sous le nom de zoonoses. Elle peut aider les États africains à relever les défis de santé actuels a-t-il expliqué avant d’ajouter: \ »Si on veut traiter un problème de santé, il faut au moins un médecin, un sociologue et un environnementaliste.\ »

Dans un contexte de résistance antimicrobienne, le Pr Koné souligne l\’importance d\’adopter le concept One Health. Cette approche répond aux enjeux actuels de lutte contre les maladies zoonotiques, la résistance antimicrobienne et les menaces environnementales sur le continent.

Le Pr Koné appelle les pays africains à jouer un rôle de leader dans l\’adoption de cette approche. \ »La région africaine se trouve être la plus affectée à cause de la pauvreté, du faible niveau de formation, etc. L’Afrique doit jouer le rôle de leader. Nous devons nous approprier le concept One Health en commençant par nous organiser,\ » déclare-t-il.

Il encourage également les pays africains à s\’approprier la convention mise en place par l’OMS, la FAO, le PNUD et l’Organisation Mondiale pour la Santé Animale pour assurer la sécurité alimentaire et sanitaire. \ »Il est important que cette convention soit représentée au niveau basique dans les pays pour relayer les messages de la plateforme quadripartite. Il est important que des systèmes de surveillance soient mis en place pour collecter des informations sanitaires et environnementales,\ » conseille-t-il.

Pour prévenir, détecter et faire face efficacement aux enjeux sanitaires qui surviennent à l’interface entre humains, animaux et environnement en Afrique, il est essentiel d’adopter l\’approche One Health.

Megan Valère SOSSOU