Intelligence Artificielle au Bénin : L’ONG Save Our Planet et ses partenaires plaident pour l’inclusion
Un forum national tenu à Cotonou le 29 novembre 2025 a permis de valider dix recommandations majeures issues de consultations locales citoyennes, visant à ancrer le développement de l’IA dans les réalités et les besoins des communautés.
Comment garantir que la révolution de l’Intelligence Artificielle (IA) profite à tous et n’accentue pas les fractures sociales ? C’est à cette question cruciale qu’a répondu le forum national organisé par l’ONG Save Our Planet, le samedi 29 novembre 2025 au Chant d’Oiseau à Cotonou. L’événement, qui a mobilisé des acteurs du secteur privé, de la société civile, des universités et des représentants de l’État marque l’aboutissement d’un vaste processus consultatif pour un développement inclusif et éthique de l’IA au Bénin.

À l’ouverture des travaux, Megan Valère Sossou, Directeur Exécutif de Save Our Planet, a présenté ce forum comme « l’aboutissement d’un processus participatif inédit ». Depuis septembre 2025, des consultations menées dans le Nord (Parakou), le Centre (Bohicon) et le Sud (Porto-Novo) ont permis de recueillir « les attentes fortes et les préoccupations légitimes des populations » sur ce sujet stratégique. Il a rappelé l’objectif triple de la rencontre : partager les enseignements des consultations, enrichir le dialogue sur les implications éthiques et sociétales de l’IA, et valider des recommandations pour une gouvernance inclusive.
Nécessité de placer l’humain au cœur de la technologie
Pour Laetitia Badolo, Directrice du Plaidoyer et de l’Impact à Niyel (partenaire du projet), ce dialogue est vital. « Dans un contexte où l’IA redéfinit les services publics et les modes de vie, il est essentiel que les citoyens, les communautés locales, les jeunes, les femmes et les groupes vulnérables puissent exprimer leurs attentes […] Ce sont ces contributions qui permettent d’ancrer les politiques publiques dans la réalité », a-t-elle souligné. Ce forum constitue ainsi une étape clé pour porter cette voix citoyenne au niveau institutionnel.
Le représentant du Ministère du Numérique et de la Digitalisation, Martial Ahehehinnou, a salué « l’initiative remarquable » de l’ONG, soulignant sa cohérence avec la Stratégie Nationale de l’Intelligence Artificielle et des Mégadonnées portée par le gouvernement.

Décryptage des enjeux et vigilance citoyenne
Un panel d’échanges animé par Dr Mireille ODOUNFA, Experte en IA et Agriculture, et Martial Ahehehinnou, a permis de décortiquer les implications concrètes de cette technologie. L’accent a été mis sur la nécessité de l’orienter vers la résolution des défis locaux.
Pour Fulbert Adjimehossou, Consultant Formateur, l’intelligence artificielle doit être plus humaine, servir les besoins socioéconomiques, sanitaires, agricoles, que de rester simplement une technologie. Un avis partagé par les participants comme Serge Anagonou : « Il n’est plus possible de se passer de l’IA […] Si nous devons prendre part à cette révolution, nous devons la recadrer, la revoir sur le plan national afin qu’elle réponde à nos réalités. »
Pour des participants comme Géraud Koudakpo et Floriane Aikobinou, la sortie est nette : ils sont désormais « mieux aguerris sur les enjeux de l’IA et de la nécessité de la rendre plus inclusive ».
Dix piliers pour une feuille de route inclusive

L’aboutissement concret du forum a été l’amélioration et la validation par consensus de dix recommandations phares. Celles-ci dessinent une feuille de route articulée autour de plusieurs axes fondamentaux : Une gouvernance nationale et multipartite incluant tous les acteurs; le renforcement de la littératie technologique et de la formation pour tous; l’impératif de transparence, de responsabilité et de régulation des systèmes d’IA; une priorisation sectorielle (santé, agriculture, éducation) axée sur l’équité; une gouvernance des données protectrice des droits des citoyens et le renforcement de la coopération internationale solidaire.


Ce projet de plaidoyer, soutenu par l’agence Niyel et financé par le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI) et le UK International Development, pose les premières pierres d’un modèle béninois de développement de l’IA, où la technologie est mise au service de l’inclusion et du progrès humain.
Laura Leke